
Article réalisé par Vickam pour theLlove.com
A l’heure où les politiques français se focalisent et s’indignent sur le fait que l’on puisse manger (le dimanche, après la messe) un poulet qui s’est tourné vers la Mecque plutôt que vers le Vatican avant de se faire plumer. A l’heure où avant de se faire plumer nous-mêmes, on ne sait plus où donner de la tête. Est – il halal ou haram de reluquer le décolleté de ses congénères ?
Une Lloveuse répond à nos questions : Comment concilier son homosexualité, sa foi et sa famille quand on est musulmane aujourd’hui en France.
Vickam : L’islam, comme la plupart des religions, condamne l’homosexualité ; quand on est lesbienne et musulmane, comment vit-on sa foi ?
Sarah : C’est compliqué ; je me sens coupable car même si je « pratique » un minimum et selon ma volonté, je ne suis pas très à l’aise, parce que ce que je ressens n’est pas en phase avec ce que l’on m’a enseigné. L’islam condamne l’homosexualité donc me condamne. Avant je me disais qu’il ne fallait pas avoir ce genre de pensée et d’envie. Je me dis « je ne vole personne, je ne trahis personne, je respecte mon prochain, mais voilà je suis une femme et j’aime les femmes. Comme c’est de l’amour ce n’est peut-être pas condamnable…» J’essaie de me convaincre que ce n’est pas mal. Quand je vois une femme qui me plait, je me dis que c’est un être de Dieu…Intérieurement, c’est toujours une bataille…
Vickam : Tu adaptes plus ou moins ta foi, mais serais-tu prête à y renoncer pour vivre ton homosexualité ?
Sarah : Aujourd’hui je te réponds non. Je ne renoncerai pas à ma foi. Mais en réalité je n’en suis pas sûre. Avant je pensais que je ne devais pas aimer une femme ; Maintenant j’ai changé d’avis et je m’accorde le droit d’aimer ; Mais je demande pardon à Dieu. Tout est trouble dans mon esprit, c’est extrêmement compliqué de faire la part des choses. Il y a un tel fossé entre ce que j’éprouve émotionnellement et toutes ces doctrines que l’on m’a inculquées. Ca génère un profond sentiment de culpabilité.
Vickam: Si tu demandes pardon à Dieu, c’est que tu estimes être en faute ?
Sarah : Oui, je demande pardon parce que je sais que la religion condamne mes sentiments mais j’ai l’espoir qu’elle évolue et me reconnaisse le droit d’aimer qui je veux. Pendant des années j’ai refoulé mes sentiments, je me disais: « Force-toi, peut être que tu réussiras avec un homme et c’est mieux pour la famille…». Les femmes, je ne pouvais que les regarder passer dans la rue…Quand je trouvais une femme jolie, je me remettais en cause :
« ce n’est pas bien, c’est pêcher ». Donc oui, j’estime être en faute.
Vickam : La famille est-elle un obstacle plus infranchissable que la religion ?
Sarah : Bien sûr !!!!! Les pressions familiales sont redoutables. Dès l’enfance on nous conditionne dans notre rôle de femme. On nous enseigne très jeune que la femme doit obéissance à son mari, qu’elle doit lui donner des enfants, ne penser et n’agir qu’à travers lui. Nous grandissons dans un carcan familial qui ne nous permet pas, ou difficilement, d’échapper à cette destinée. Une femme avec une femme, ou un homme avec un homme, ce n’est pas permis. C’est culturel, c’est comme ça et ça ne se discute pas.
Vickam : Comment envisages-tu l’avenir ?
Sarah : Difficilement ! J’ai du mal à me projeter dans l’avenir parce que ça me provoque de véritables angoisses. J’ai l’impression d’être en prison, d’être perpétuellement obligée de me cacher, c’est un stress permanent. J’appréhende le futur, parce que si je « m’arrange avec Dieu et ma foi », je sais qu’il n’y aura pas de compromis possible avec ma famille. Je voudrais tant pouvoir aimer une femme, faire ma vie avec elle si j’en ai envie. Mais en même temps une vraie frayeur me gagne et ça me paraît juste impossible à envisager, alors à vivre… Si demain je rencontre la femme de ma vie, je ne pense pas avoir la force de tous les affronter, mes parents, mes frères, mes cousins, cousines, oncles, tantes ; Tout le monde va s’en mêler. Me battre seule contre eux tous, je n’en aurais pas la force, nous avons été tellement formatés, ce n’est pas possible d’avoir peur à ce point… Et en même temps, peut être que j’en aurais l’énergie, la volonté. Je fonctionne beaucoup au ressenti, à l’émotion, impulsivement ; Alors peut être qu’un jour j’aurais le déclic et que je m’accorderais le droit d’être heureuse.
Vickam : Comment décrire cette pression ? Quelle serait leur sentence s’ils savaient que tu es homosexuelle ?
Sarah : La pression, elle commence dès toute petite ; L’honneur de la famille, c’est la fille. On est petite alors on le croit, on grandit avec cette idée, et toute notre vie, on sait que si on fait le moindre faux pas, on déshonore la famille. C’est difficile à expliquer, on est « configurées » comme ça, on grandit sans même imaginer que ça puisse être autrement, et comme on aime notre famille malgré tout et bien on essaie de lutter. Mais lutter contre eux c’est aussi lutter contre ce qu’ils ont fait de nous, alors c’est compliqué… La pression c’est lorsqu’on te harcèle parce que tu n’es pas mariée, c’est lorsque tes frères te suivent en permanence pour voir à qui tu parles, qui tu vois, c’est ta mère qui te croit ensorcelée et qui t’emmène voir une femme qui repousse les démons qui ont pris possession de toi ; la pression c’est mille et un petits détails qui t’oppressent au quotidien, c’est être prisonnière de leurs regards, ceux-là même qui te font culpabiliser à chaque seconde de ta vie de ne pas être celle qu’ils attendent… Pour ce qui est de la sentence, j’aime autant ne pas l’imaginer.
Vickam : Peut-on donc espérer que tu puisses vivre librement ta sexualité un jour ?
Sarah : Peut-être ! Mais j’ai toujours cette phrase dans la tête, c’est « pécher »ce que tu fais, tu n’as pas réussi à te contenir…» Et je suis paumée entre la religion, la famille et ce que je ressens au plus profond de moi. Je suis enfermée depuis des années. Est-ce qu’un jour je trouverai les clés qui me permettront de m’évader, je n’en sais rien. Aujourd’hui envisager demain est une énorme angoisse, une grosse barre au bide. Je craque souvent, car je me dis à quoi bon, si je ne peux pas aimer qui je veux. Comme si on décidait de tomber amoureuse de la personne qu’on veut. J’essaie de me convaincre que demain est un autre jour. Mettre un peu de positif dans ma vie m’aide à aller un peu mieux. J’arrête d’imaginer mon futur avec une femme car je ne vois qu’un long tunnel…
Un témoignage bouleversant qui nous rappelle qu’il est plus facile d’être intimement en accord avec sa foi qu’avec ses congénères ; qui nous fait réfléchir sur l’impact que peuvent avoir, sur l’homme, les dogmes, qu’ils soient religieux, philosophiques ou politiques. Ceux là même qui font d’une simple parole, une vérité absolue que l’on doit respecter et qui semble être à l’origine de cette intolérance si intolérable.