
Interview réalisée par Lybell pour theLlove.com
Depuis 14 ans, Cy Jung est connue pour avoir écrit des best-sellers de la littérature lesbienne, mais bien avant cela, cette femme couchait déjà des milliers de mots sur le papier, au service d’élus locaux parisiens, ou simplement pour le plaisir d’écrire. Dialogue avec une femme engagée et passionnée.
Lybell : D’après ta bibliographie, tu approches de la cinquantaine, une crise en vue ? Ou plutôt un bilan ?
Cy Jung : Ni l’un ni l’autre, je crois. Jusqu’à l’âge de quarante ans, environ, j’associais le fait de vieillir à la mort : vieillir, c’était chaque jour se rapprocher de l’échéance. Depuis, des événements dans ma vie personnelle, des rencontres, des partages m’ont placée dans une autre position : vieillir, c’est vivre. Je suis donc très heureuse d’avoir bientôt cinquante ans, et je veux en avoir cent, et plus encore ! Car tant que je vieillirai, c’est que je serai vivante.
Lybell : Qu’est-ce qui t’a poussé à te plonger dans l’écriture ? As-tu toujours écrit ? Adolescente ?
Cy Jung : Je n’écrivais pas adolescente, ni poèmes, ni journal intime. J’aimais les rédactions et tout ce qui passait par l’écrit. J’ai ensuite écrit des tracts, des journaux et des discours politiques. Puis j’ai écrit ma première nouvelle, « La Fée de l’aurore du printemps que l’hiver a fait éclore », en quelques jours, pour séduire la première femme avec qui j’ai eu une relation amoureuse.
C’est à partir de là que j’ai décidé d’écrire un premier roman (non publié) puis un second, Once upon a poulette… Et ainsi est allée l’écriture que je ne réserve pas aux textes de fiction tant prendre position est ma vie.
Lybell : Tes romans nous font souvent frémir de plaisir, surtout ton recueil sur les nouvelles érotiques, était-ce pour toi un moyen de briser un tabou sexuel ?
Cy Jung : Dès Once upon a poulette, j’ai souhaité rendre visible la sexualité lesbienne, car cela me manquait de ne pas la trouver dans des livres (ou fort peu) et parce que je pense que c’est à travers l’érection des lesbiennes en sujet autonome de désir et de plaisir que la lesbophobie reculera. N’est-ce pas d’ailleurs à travers les luttes autour de leur sexualité (liberté sexuelle, avortement, contraception, etc.) que les femmes ont gagné en autonomie sociale, même s’il y a encore tant de chemin à faire ?
Il y a donc de l’érotisme dans (presque) tous mes romans. Cul nu, courts érotiques a été un moyen d’expérimenter textuellement de nombreuses choses à travers vingt-neuf nouvelles qui sont des exercices de style. Mon roman le plus érotique est sans doute Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train. C’est en tout cas celui où j’ai senti mon écriture aboutir sur ce point, même si elle évolue encore.
Lybell : Toujours sur ton site, j’ai vu que tu étais une auteure assez engagée, tu n’as d’ailleurs pas hésité à dévoiler au public ton handicap visuel avec Tu vois ce que je veux dire. Vivre avec un handicap visuel paru en 2003, tu communiques également souvent sur les associations LGBT et tu n’hésites pas à relayer les actions friendly ; les élections présidentielles approchent comment vis-tu, le climat politique dans lequel la France est plongée ? (Ah tu m’as vue venir, rires).
Cy Jung : J’ai du mal à comprendre que l’on préfère s’acheter un écran plat pour regarder le championnat de football plutôt que d’aller manifester pour changer le monde. Et je ne crois pas que l’on puisse en même temps écrire sur Twitter que l’on soutient le peuple grec (c’est un exemple) et ne pas se poser la question du système qui génère la crise.
Ce sont aujourd’hui nos modes de consommation, nos modes de production, nos modes d’organisation qu’il faut repenser. Et l’on peut commencer chacun chez soi, chacun pour soi. Les ajustements à la marge que d’aucuns nous proposent ne suffiront plus. On a obligation de changer le monde ; sinon, c’est lui qui nous changera et pas forcément dans un sens qui peut nous plaire…
Lybell : Ton choix est-il déjà arrêté pour le 22 avril 2012 ?
Cy Jung : Il est contenu dans ma réponse précédente. Je soutiens évidemment Éva Joly, la candidate d’Europe Écologie les Verts, seule organisation politique à penser le monde autrement, et à proposer des solutions structurelles qui ont vocation à changer le monde.
Je comprends que l’on puisse avoir peur des conséquences de la Révolution écologique et des modèles de décroissance. Ils sont pourtant la seule issue. Les joueurs de football gagneront peut-être un peu moins bien leur vie, mais que les fans se rassurent, le football existera toujours, même si Éva Joly est élue !
Lybell : Trêve de politique, en dehors de ton activité d’auteure engagée quels sont tes autres loisirs ?
Cy Jung : Mes engagements sont mes loisirs et je participe peu ou prou aux activités de très nombreuses associations féministes, de « défense des droits » en général, et de quelques autres dans mon quartier. Je me régale aussi à participer aux activités de David et Jonathan, mouvement homosexuel chrétien. Je ne suis pas chrétienne mais la question de Dieu m’est une question forte et j’aime la bienveillance chère à cette association. Elle va bien à mon idée d’un autre monde.
Sinon, je trouve mon équilibre dans le judo, que je pratique trois fois par semaine. J’ai commencé à faire du sport assez tard, la course, la natation… Aujourd’hui, je ne peux plus me passer de judo. C’est avec l’écriture et les gens que j’aime ce qui donne de la lumière à ma vie.
Lybell : Qu’aimerais-tu dire aux lectrices internautes de thellove ?
Cy Jung : Que la vie est celle que l’on se donne.
Faites-vous du bien ! Et que l’amour s’en ensuive…
Lybell : Merci beaucoup Cy pour nous avoir consacré un peu de temps et à très bientôt pour de prochaines aventures. Découvrez l’univers de Cy Jung sur son site Internet officiel : http://cyjung.com/

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